Méthodes
Le travail expérimental mené au LLING est étroitement articulé au travail théorique, en combinant des mesures offline et online afin d’étudier le traitement et l’acquisition du langage. Les mesures offline, telles que les tâches de jugement, rendent compte des interprétations finales des participants, tandis que les méthodes online, comme le suivi du regard (à l’aide de l'Eye-tracker) permettent de mettre en évidence la manière dont le sens se construit de façon incrémentale, avant qu’une réponse explicite ne soit requise. L’utilisation conjointe de ces différentes mesures permet d’examiner à la fois les résultats finaux du traitement linguistique et les mécanismes en temps réel qui les sous-tendent, offrant une compréhension plus complète de la manière dont les structures linguistiques sont représentées dans le cerveau.
La Truth Value Judgment Task (TVJT) : utilisée pour étudier la compréhension du langage chez les enfants. Dans ce type de tâche, l’enfant observe une scène ou une histoire souvent sur l’écran d’un ordinateur, puis doit juger si une phrase ou une affirmation concernant cette scène est « vraie » ou « fausse ». Ce paradigme permet d’évaluer directement la compréhension des structures syntaxiques, de la signification sémantique ou pragmatique, en se basant sur des réponses explicites de l’enfant. Il est utilisé pour étudier les difficultés spécifiques liées à certaines constructions linguistiques et pour comparer la(les) grammaire(s) des enfants avec celle(s) des adultes.
Les méthodes de terrain (Fieldwork) : la collecte des données sur le terrain est employée pour étudier des langues rares ou peu documentées. Elles peuvent inclure les l’enregistrements audios ou vidéos de conversations, des entretiens structurés ou semi-structurés, et des tâches expérimentales adaptées, comme des récits courts produits par les locuteurs natifs. Ces méthodes permettent d’accéder à des usages linguistiques authentiques, à la variation dialectale, et à des phénomènes difficilement observables en laboratoire. Les données recueillies portent sur la syntaxe, la sémantique, la pragmatique, ainsi que sur la prosodie et la phonétique, et contribue à enrichir nos modèles sur la représentation et le traitement du langage dans des contextes diversifiés.
L’eye-tracker : permet de suivre en temps réel les mouvements oculaires des participants pendant le traitement du langage. Dans une tâche typique comme le Visual World Paradigm, les participants écoutent un énoncé ou lisent une phrase tout en regardant une scène ou des images à l’écran, tandis que l’appareil enregistre leurs fixations, régressions ou trajectoires du regard. Cela permet de déterminer quel élément de la scène le participant inspecte à un moment précis de la phrase (ou du mot), offrant des informations précieuses sur les processus cognitifs incrémentaux impliqués dans la lecture ou la compréhension des énoncés.
L’électroencéphalographie (EEG) : dans une tâche expérimentale qui utilise l’EEG, on enregistre l’activité électrique du cerveau à l’aide d’électrodes placées sur le cuir chevelu pendant que les participants écoutent ou lisent des stimuli linguistiques. Les données généralement analysées en lien temporel précis avec les stimuli linguistiques permettent d’extraire des potentiels évoqués (N400, P600, etc), qui correspondent à des réponses cérébrales spécifiques à certains types de traitements linguistiques.